Conférence - Jeudi 30 novembre



MAURICE EMMANUEL (1862-1938), un Bartók français ?
Mme EICHNER-EMMANUEL
 

Le documentaire "Dans la résonnance de Maurice Emmanuel ", réalisé par ABB Reportages en 2014, retrace l'itinéraire musical d'un compositeur, né la même année que Debussy, mais qui a suivi des chemins différents :

 

ayant saisi la richesse modale des chansons populaires (en particulier bourguignonnes), puis de la Grèce antique et moderne ou de l'Inde, Emmanuel a su allier dans ses œuvres science et inspiration. Le film sera précédé d'une introduction biographique.

 

Le compositeur et musicologue français Maurice Emmanuel (1862 - 1938) : biographie.

 

Champenois de naissance, il est né le 2 mai 1862 à Bar-sur-Aube, Maurice Emmanuel vint dès l'âge de sept ans à Beaune avec sa famille : sa tante Louise Jardeaux était entrée comme religieuse hospitalière à l'Hôtel-Dieu.

 

Ses premières émotions musicales : le bruit de la machine Marinoni de son grand-père imprimeur et, plus tard, les fanfares, les chants des vendangeurs en Côte d'Or, les orgues de Notre-Dame de Beaume et de Saint-Bénigne à Dijon.

 

Provincial " monté à Paris ", avec des ressources modestes, il étudie au Conservatoire les différentes disciplines musicales, tout en s'intéressant aux humanités (latin, grec, littérature, philosophie) et aux sciences (géographie, géologie, sciences naturelles). Il acquiert ainsi une très vaste culture générale.

 

Il compose  jeune des œuvres révolutionnaires pour l'époque qui effraient son maître Léo Delibes: il lui reproche de vouloir réformer la musique. Emmanuel quitte alors en 1890 le Conservatoire pour s'atteler en Sorbonne à une thèse qui fera grand bruit sur La Danse grecque antique. Pour donner vie aux danseurs grecs, il a recours au chronographe d'Etienne-Jules Marcy et présente un " film " au jury.

 

Comment bâtir une " carrière " ? Emmanuel se heurte à beaucoup de difficultés et essuie plusieurs échecs: un poste de professeur d'histoire de la musique eu Collège de France lui échappe par deux fois malgré d'éminents soutiens, pas de poste au Conservatoire ni à l'Université. Après une mission dans les conservatoires et universités d'Allemagne et d'Autriche en 1897 où il étudit, sur ordre du Ministère de l'Instruction publique, leur fonctionnement, il enseigne l'histoire de l'art dans les lycées Racine et Lamartine.

 

En 1904, il obtient enfin le poste de maître de chapelle à Sainte Clotilde à Paris : désirant " élever le niveau " des célébrations liturgiques, il suscite l'hostilité des bourgeois du 7ème arrondissement. Ecœuré par ces tracasseries, il démissionne en 1907. C'est seulement en 1909, à l'âge de 47 ans, qu'il succède, triomphalement cette fois, à son maître Louis-Albert Bourgault-Ducoudray à la chaire d'Histoire de la musique du Conservatoire de Paris. Il exercera jusqu'en 1936.

 

Apprécié et aimé par ses nombreux élèves (Olivier Messiaen, Henri Dutilleux, Jehan Alain, Elsa Barraine, Yvonne Lefébure, Robert Casadesus, Jean Rivier, etc.), reconnu par ses pairs (Gabriel Pierné, Paul Dukas, Charles Kœchlin, Gustave Charpentier, Alfred Bruneau...), il meurt le 14 décembre 1938 à Paris. Un numéro spécial de LA REVUE MUSICALE lui rend hommage en 1947. Les efforts de son fils Frank Emmanuel pour perpétuer son œuvre et sa mémoire portent quelques fruits, mais la création d'une association s'avéra nécessaire en 2004 pour accorder à Emmanuel une place durable au sein du patrimoine et du répertoire musical français du XXème siècle. Depuis 2004, plusieurs ouvrages, articles, expositions et enregistrement soulignent l'importance de ce novateur.

 

 

L'œuvre de Maurice Emmanuel :

 

 

Ses préoccupations essentielles sont de plusieurs ordres : s'il cherche passionnément à comprendre les sources et les structures du langage musical (ce dont témoignent ces ouvrages de musicologue), il se ressent pourtant d'abord comme compositeur (il est l'auteur très exigerant d'œuvres musicales raffinées et complexes dans les différents genres de cet art. Mais il n'en négligea pas pour autant son métier de professeur et consacra beaucoup de temps et d'énergie à ses cours, à des conférences, à des articles de pédagogie, soucieux qu'il était de développer l'enseignement musical populaire en France, à une époque où c'était le parent pauvre de l'instruction publique.

 

 

Œuvres musicales :

1886 Pierrot peintre, op.1 (pantomine-opérette, livret de Félix Regamey)

1887 Sonate pour violoncelle et piano

1890 Ouverture pour un conte gai (orchestre)

1893 Première Sonatine dite " Bouguignonne "

1897 Deuxième Sonatine dite " Pastorale "

1902 Sonate en ré mineur pour violon et piano

          Zingaresca, fantaisie pour orchetre réduit

1903  Quatuor à cordes en si bémol

1905  O filii, chant de Pâques

1907 Suite sur des airs populaires grecs (violon et piano)

         Sonate pour clarinette, flûte et piano (Trio)

1908 In memoriam, poème pour voix, violon, violoncelle, piano

1911 Trois Odelettes anacréontiques pour voix, flûte et piano (il existe une partition d'orchestre)

1911 Trois pièces pour orgue ou harmonium

1917 Trente chansons bourguignonnes du pays de Beaume (piano / 16 sur 30           sont orchestrées

1918 Prométhée enchaîné, tragédie lyrique en 3 actes (d'après Eschyle)

1918 Musiques (12 mélodies sur des poèmes de Louis de Launay)

1919 Première Symphonie en la

1920 Troisième Sonatine

          Quatrième Sonatine " sur des modes hindous "

1925 Cinquième Sonatine " alla francese "

1926 Sixième Sonatine

1926 Vocalise-étude " alla siciliana "

1929 Salamine, tragédie lyrique en trois actes ( d'après Les Perses d'Eschyle, livret de Théodore Reinach), montée à l'Opéra de Paris

1931 Deuxième Symphonie en la, dite " Bretonne "

1935 Suite française (pour orchestre)

1936 Amphitryon, musique de scène pour la comédie de Plaute

          Sonate en si bémol pour cornet ou bugle et piano

1938 Le poème du Rhône, poème symphonique d'après Frédéric Mistral, orchestré par Marguerite Béchard d'Harcourt.

 

 

Emmanuel a développé un langage modal, souple et varié. Son Histoire de la langue musicale(1911) reste un ouvrage de référence, et ses recherches sur le rythme ont conforté la pensée de Gaston Bachelard.


 
 
Jeudi 30 novembre 2017 à 14H00
Au conservatoire Darius Milhaud
140, avenue de la Division Leclerc à Antony
 
Tarif : 9€ (adhérents : 7€)
tél : 06 98 92 12 07
E-mail : artsculture.antony@free.fr